
Ce qui se joue au travers de ce conflit des grévistes avec le gouvernement de François Fillon c'est, d'une certaine manière, n'ayons pas peur des mots, une remise en cause de notre pacte social et républicain.
L'on peut citer le déficit global des régimes spéciaux - 5 milliards d'euros - cela ne fait toujours qu'un tiers des 15 milliards du "paquet fiscal". Sous le prétexte d'équité (40 annuités de cotisations pour tous) l'on oublie de dire que le financement actuel de nos retraites ne prend pas en compte la disparité de l'espérance de vie qui est aujourd'hui de 9 ans selon les métiers, contre 8 en 1997.
La volonté de traiter à part la réforme des régimes spéciaux alors qu'un rendez-vous important est fixé l'année prochaine pour le régime général, est une manière de diviser le salariat et de contribuer, comme c'est maintenant l'habitude, à dresser les citoyens les uns contre les autres ; et l'on part à la "chasse aux privilèges". Sait-on par exemple que si les cheminots partent plus tôt à la retraite, ils cotisent plus et ont une pension inférieure de près de 10% aux autres retraités ?
L'on sent bien que la droite veut faire passer l'idée que le régime de retraite par répartition coûterait trop cher, qu'il n'est plus finançable par la solidarité nationale et que chacun devrait s'en remettre à ses capacités individuelles d'épargne (or l'on connaît la faillite des fonds de pension en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ; en outre la baisse des taux d'épargne à l'arrivée des babyboomers à la retraite entraînera la baisse du prix des actions et des obligations - c'est l'OCDE qui l'écrit).
Les socialistes se situent bien entendu à l'opposé de cette philosophie, et proposent notamment de reprendre les propositions de la Cour des Comptes de taxation des éléments de salaires non imposés ou si peu (notamment les stock-options). Il est responsable et nécessaire de mettre à plat de manière globale la question des retraites et du pouvoir d'achat (on oublie trop souvent la baisse du pouvoir d'achat des pensions depuis les dernières réformes), et accepter l'idée, par exemple, d'une durée de cotisation modulée en fonction de la pénibilité (en 2007) de certaines activités. L'allongement de la vie doit-elle par ailleurs impliquer nécessairement un allongement de la durée de cotisation si nous trouvons des solutions de financement ? A-t-on renoncé au plein-emploi, une des réponses à ce problème ? C'est un débat de société, un débat culturel, qui ne peut trouver sa solution par simple comparaison avec ce que font nos voisins ou par application autoritaire de solutions dogmatiques. Rappelons seulement que pendant les 45 dernières années la part des retraites dans la richesse nationale a augmenté de 7 points, le monde ne s'est pas écroulé ; et que le Conseil d'Orientation des Retraites considère qu'une nouvelle augmentation de 7% aurait été à nouveau nécessaire d'ici à 2040 si nous avions voulu maintenir la retraite à 60 ans pour tous.
Au total, il est difficile de ne pas penser que l'UMP est aujourd'hui engagée dans une démarche et surtout une attitude purement idéologique, de combat et de contre-réforme, avec des médias - et c'est assez triste - plutôt complaisants sur toutes ces questions.
La problème des retraites ne peut se résoudre que dans un climat de confiance, dans une démarche claire de consensus et de perspective longue. La balle est dans le camp du gouvernement ; à en juger par le niveau de fatigue et d'exaspération des usagers, il n'est que temps, messieurs, de prendre un peu de hauteur.
Photo : Vacances de Toussaint par elodaure



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