Aussi têtu que mon arrière-grand-mère corse (elle s'appelait Allegrini avant de se marier), qui s'ingéniait à vouloir avoir raison même quand elle avait tort, notre Maire, qui n'a le sentiment d'exister pleinement que lorsqu'il cloue des bec, apporte des précisions sur l'affaire Steria dans le Parisien de ce jour.
Et c'est un festival.
L'on apprend donc que "ce transfert s'avère être en réalité une sous-traitance", procédure prévue par les clauses administratives du marché en question - on s'interroge donc sur le partenariat initial, même si, aux dires de M. le Maire, Steria "resterait en tout état de cause le titulaire et le pilote", l'autorisation préalable de la ville devant - quand même - être recueillie.
Détail intéressant : "J'ai donc demandé à [la direction de Steria] des précisions et des garanties, sachant qu'une grande partie des missions qui lui ont été confiées, sont désormais exécutées de façon normale et récurrente (…)". Aveu attendu de la part de M. le Maire, capable de reconnaître du bout des lèvres que les débuts ont pu être cahoteux.
Puis vient le temps de l'agression : "Contrairement à mes détracteurs, pétrifiés devant toute démarche de progrès, j'ai de la fondation publique territoriale une vision moderne, dynamique et réactive". Oui, vous avez bien, lu, à moins qu'il ne s'agisse d'une faute de frappe de la rédaction, M. le secrétaire d'Etat a écrit "fondation" en lieu et place de "fonction", lapsus qui est d'autant plus savoureux quand on connaît ses ennuis judiciaires ! Cette phrase appelle néanmoins des remarques si on la comprend bien : toutes les mairies de France qui ont un service RH "non externalisé" aurait une vision "ringarde, molle et passive" de la fonction publique. Intéressant. Mais M. le Maire va encore plus loin :"La démarche d'externalisation engagée est un projet exemplaire, suivi par toutes les collectivités territoriales, les organisations syndicales et les pouvoirs publics". Il est certain que tout le monde attend de voir le bilan indépendant et impartial qui en sera dressé ; la Chambre Régionale des Comptes d'Ile-de-France, elle, s'est déjà fait sa religion (ça y est, je parle Sarko...).
Le meilleur pour la fin :
"[Cette démarche] préfigure ce que sera demain la gestion des ressources humaines dans l'ensemble de la gestion publique, avec des agents déchargés de tâches secondaires, recentrés sur leur cœur de métier, encore plus professionnels, encore plus proches de leurs collègues (…)".
Les fonctionnaires affectés sur des services RH seront flattés d'apprendre qu'ils assument des tâches subalternes, qu'ils ont des fonctions secondaires et qu'ils ne sont ni assez professionnels, ni assez proches de leurs collègues ! On reconnaît bien là la conception très datée de représentants de la vieille école, qui ont loupé le coche de la reconnaissance de tout service RH comme pilier du cadre d'action de tout salarié, qu'il appartienne ou non à la sphère publique. C'est assez inquiétant lorsque l'on est censé avoir une vision en matière de fonction publique moderne…
M. le Maire ajoute qu'il ne faut pas parler de privatisation au sujet de l'externalisation d'un de ses services, car il s'agit d'une "notion juridiquement inconnue dans la gestion municipale…". Avec le talent de "défricheur" de M. le Maire, nul doute que l'expression pourait coller parfaitement à cette originale, totalement inédite et très coûteuse opération pour le contribuable ; j'espère qu'elle ne sera tentée nulle part ailleurs eu égard au gaspillage d'argent public auquel elle semble donner lieu ! Espérons aussi que notre ville trouvera à s'illustrer prochainement de manière plus intelligente s'agissant du personnel public dont elle a, pour l'instant encore, la charge.
A noter le paragraphe ajouté en fin d'article par le Parisien :
"Ces précisions ne contredisent en rien les termes de notre article. Nous n'avons en aucun cas parlé de vente ou de privatisation. Par ailleurs, nous avions pris soin avant la parution de contacter les services de la ville qui n'ont pas souhaité donner suite."
Et si on changeait de Maire ?
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