
2 millions de travailleurs pauvres français sont censés trouver leur salut par le biais de l'adoption du RSA (revenu de solidarité active) ; la gauche et la droite polémiquent sur les modalités de financement, mais le consensus sur la réforme présentée par le gouvernement semble être général.
Et pourtant !
Tout le monde s'accorde pour dire qu'un travail mérite un salaire plus élevé que des minima sociaux,qui sont peu ou prou indexé sur ce qui est analysé comme l'"évolution du coût de la vie" ; d'ailleurs le RSA aboutit à offrir un complément de rémunération à des travailleurs dont le salaire est très faible, pour sortir de la "spirale de l'inactivité", vivre de son travail.
Faisons un rêve : ne faudrait-il pas tout mettre en oeuvre pour obtenir que les salaires soient plus élevés que ce que l'on constate aujourd'hui ? Les minima sociaux resteraient des minima et il y aurait une différence sensible avec un salaire, sans que cela ne pèse sur le contribuable.
Evidemment, cela pose la question du temps partiel subi et du salaire comme variable d'ajustement de la compétitivité des entreprises ; car l'on sait que la plupart des employeurs ont une contrainte, directe ou non selon leur taille, celle de la rentabilité financière. Elle leur interdit plus ou moins d'indexer leurs salaires sur la productivité de leurs employés.
Cette question, trop peu évoquée, apparaît finalement en lien direct avec la crise financière qui a abouti à de décoiffantes interventions de la puissance publique et des banques centrales aux Etats-Unis et en Europe. La question est de savoir désormais s'il n'est pas temps de mettre fin à la dérégulation sans frein qu'à connu le secteur financier ces dernières années : vendre sans avoir acheté, spéculer à la baisse, promouvoir sans autre frein que celui du profit les crédits hypothécaires à risque ("subprimes")... l'imagination des établissements financiers a atteint des sommets. Avec l'engagement de fonds publics (même sous garantie supposée) dans le sauvetage de grands établissements financiers, c'est le contribuable que l'on appelle à la rescousse. Est-ce juste ? Est-ce responsable ? Est-ce durable ?
Les Etats et les banques centrales ne peuvent se contenter d'éteindre un tel incendie quand il se produit, alors que personne n'est en capacité de prévoir quels effets cette crise va induire sur l'économie réelle. Leur mission, en lien avec les grandes institutions financières internationales (Dominique Strauss-Kahn, dans sa tribune dans le journal Le Monde d'aujourd'hui ne dit pas autre chose), devrait être de réfléchir en urgence à de nouvelles régulations du système financier.
Quel rapport avec le RSA ? Le rapport, c'est la politique des salaires dans un pays comme la France, au sein de l'Union européenne, dans un environnement globalisé où le dumping salarial s'est banalisé, sur la base de niveaux de développement différenciés au sein d'un même environnement commercial.
En effet : même si la fin des concurrences salariales n'est pas pour demain, qui dit "nouvelles régulations internationales des marchés et de la finance" dit aussi que l'on pourrait s'intéresser au point de savoir si 15% de rendements sur fonds propres par an pour les actionnaires est quelque chose de tenable et de souhaitable dans l'intérêt général, à moyen terne. Il faudra sans doute, à un moment, obtenir un consensus international sur la remise en cause de ce dogme - cela remettrait clairement en débat notre mode de développement économique actuel.
Cela ouvrirait du même coup la voie à un débat qui ne serait plus que franco-français sur les minima salariaux.
Mais le pire n'est jamais sûr…
Photo : Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives ¦ Des caissières dans un hypermarché de la région lyonnaise sur 20 minutes.fr
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