
Hier soir c'était conseil municipal. Il n'y a pas beaucoup de conseils municipaux à Issy car M. le Maire préfère en faire le moins possible, dans le respect de la loi, quitte à ce qu'ils durent 5 heures de rang. Heureusement, toutes les villes de droite n'ont pas cette pratique, il y en a des modernes.
C'était l'avant-dernier conseil de cette mandature qui n'en finit pas (elle aura duré sept ans, pour cause d'embouteillage électoral en 2007). M. le Maire était, je dois le dire, très en forme, ce qui permettait de faire oublier les absences inhabituelles de plusieurs conseillers dans la majorité (les fins de mandat sont difficiles pour tout le monde).
L'ordre du jour comportait une quarantaine de points, comme à l'habitude.
Nous apprenons qu'après beaucoup de tergiversations Issy va se mettre à Vélib', par le truchement d'une convention-cadre entre la communauté d'agglomération Arc de Seine et la Ville de Paris. Comme quoi quand on veut on peut, et on est bien content au PS d'avoir sauté comme des cabris pour faire bouger la ville, c'est enfin réussi. Et M. le Maire, dans cette affaire, a subi bien la pression de tout le monde ; il a cédé, oui, ça arrive. Il ne le dit pas trop fort tant il est persuadé au fond de lui, à mon avis, de l'aspect "gadget" nuisible de Vélib'. L'emplacement des stations est retenu après consultation de conseils de quartier, dont nous avons déjà eu l'occasion de souligner le déficit de légitimité (et ça n'est sûrement pas la faute de leurs membres), surtout par rapport à une question qui concerne directement les isséens. Ne parlons même pas des peinturlurages de certains pans de voirie, d'ores et déjà effectués pour faire croire qu'il est si facile de faire de la piste cyclable au mètre à Issy...
La présentation du rapport annuel d'activité d'Arc de Seine est également l'occasion pour M. le Maire d'évoquer le projet d'escaliers mécaniques, arlésienne depuis plusieurs années, qui semble se concrétiser à l'approche de l'échéance électorale plus vite que le téléphérique (il sera plus utile s'il se fait vraiment cette fois-ci, c'est sûr). Comme quoi la concertation, la vraie, ça sert. Mais il y a encore des inconnues sur les modalités de réalisation compte tenu de la réfection prévue de la gare RER Issy Ville. Son coût serait d'ores et déjà évalué de 2 à 4,5 millions d'euros. On attend quand même de voir...
Cette séance a été l'occasion pour Lysiane Alezard élue communiste et conseillère régionale de proposer de voter un vœu par rapport à la concertation qui s'achève sur le projet de Schéma Directeur d'Ile de France. La réponse de M. le Maire à son intervention est assez simple et sans surprise :
- Le projet comporterait des "fragilités juridiques internes" (on ne peut s'empêcher de sourire à cela quand on se rappelle les remarques de la Chambre Régionale des Comptes sur certaines pratiques juridiques "limites" de la municipalité).
- "L'urbanisme sur le terrain de la communauté d'agglomération est de la compétence d'Arc de Seine". Il est certain que le fait que la Région Ile de France soit gérée de façon dynamique et volontariste par la gauche ne peut qu'agacer M. le Maire. Il est vrai que du temps de M. Giraud (RPR), ça bougeait quand même moins, on était bien tranquilles… M. le Maire tire ensuite à boulets rouges sur le projet, perçu comme le produit terrible du dirigisme d'un autre temps. Il aimerait qu'on laisse les Hauts-de-Seine continuer de se boursoufler ; en effet, quel intérêt au rééquilibrage géographique en emplois et en infrastructure de la région ? M. le Maire ne voit pas l'intérêt général régional. M. le Maire considère aussi qu'avec un quota de 25% de logements dits "sociaux", cela suffit pour assurer la "mixité sociale"… on rêve quand on connaît la ghettoïsation sociale croissante au cœur-même de l'Ile de France, porteuse de désordre à long terme. M. le Maire n'a pas manqué l'occasion de se demander : "Pourquoi tant d'emplois à Issy ?" Nous aurions pu lui répondre "parce que reconversion tertiaire réussie, dans une zone géographique stratégique pavée de friches…" ; mais le bien-être des isséens se mesure pas au nombre d'emplois pour les non isséens au km² ni au travers du seul prisme d'une pression fiscale locale a priori modérée.
Un seul point d'accord : la nécessité d'obtenir la prolongation de la ligne 12 bien avant 2020. On compte sur M. le Maire pour qu'il déploie autant de forces pour cette prolongation qu'il a pu le faire pour attirer Bouygues ou Microsoft sur la ville. Mais l'opposition pouvait quand même remballer son vœu, sous les éructations de M. le 1er adjoint, aussi subtil et fin que d'habitude.
Le Débat d'Orientation Budgétaire a été l'occasion pour l'adjoint aux finances, aux tirades anti-gauche frisant le populisme le plus étriqué, de qualifier l'opposition de passive (c'est un peu normal quand on est dans l'opposition, on n'est pas aux manettes, mais il faut s'efforcer de s'y imaginer) ou de "passéiste" (!). A part les propos limites de l'intéressé, que M. le Maire s'est bien gardé d'interrompre tellement il était d'accord, nous avons eu droit à une présentation digne d'un vendeur d'aspirateur à la criée, bien loin d'une digne présentation pour un DOB dans une ville de plus de 60.000 habitants, mais quelle importance… L'intervention de notre conseillère municipale Gabrielle Santarelli (1) a été interrompue de nombreuses reprises (quand l'opposition est interrompue à Issy c'est souvent quelle est dans le vrai). Et, moment formidable, M. le Maire assène, lorsqu'elle a terminé, qu'elle a tout "pompé"… La décence m'interdit de reproduire les charmants qualificatifs échangés entre M. le Maire et son brillant 1er adjoint en "off" sur les élues de l'opposition au long de la soirée ; c'est l'avantage d'assister aux séances en direct que de pouvoir saisir ces petits morceaux de bravoure... M. le Maire évoquera aussi "Cosette qu'on interviewe", à propos des difficultés d'accessibilité constatées des isséens aux activités de loisirs sur la ville dont notre élue s'est faite l'écho ; M. le Maire en Thénardier ?
Evidemment, M. le maire-adjoint aux finances est moins disert sur le coût de l'externalisation du service ressources humaines, l'une des perles de la gestion actuelle, et il ose même : "une observation de la CRC n'est pas une critique" (!).
Le point concernant le versement de la compensation financière 2008 pour la SEM ISSY MEDIA a été l'occasion d'avoir quelques informations chiffrées : la communication institutionnelle coûte 312.000 euros, le "multimédia" 283.000 euros, le journal municipal 328.000 euros, le Forum de rentrée (des associations) 98.000 euros.
Quel dommage ! C'est lorsque les points relatifs au Fort d'Issy ont été en passe d'être abordés que M. le Maire a préfèré quitter le conseil. N'a-t-il donc plus le cœur à défendre ce projet ? Il s'agissait notamment de proroger la convention de concession d'aménagement entre la ville d'Issy-les-Moulineaux et la SEMADS. A la question des conseillers socialistes demandant pourquoi il était nécessaire de proroger maintenant une convention expirant fin 2008, il a été répondu tout de go que, de cette manière, cela évitait toute remise en cause du projet à court terme. Il n'a pas échappé à la majorité que, pour la première fois depuis sept ans, se tenaient des élections municipales en mars prochain… C'est ce qui s'appelle prendre ses précautions.
Le point afférent à la demande de subvention pour les équipements publics de la ZAC Quai des Chartreux a été l'occasion de constater l'impossibilité pour la majorité de préciser le chiffrage du coût desdits équipements en séance…
C'était la cerise sur le gâteau.
Mais je retiendrai quand même de ce conseil l'acte de foi de notre maire, dont le profond engagement se concrétise en quelques mots d'une tirade enflammée : "dynamisme" et "tonicité". L'instrument de ces adjectifs, c'est principalement l'érection d'ouvrages monumentaux que sont les tours, aux portes de la capitale et éventuellement en centre-ville, comme perspective ultime de bien-être pour les isséens. La concurrence internationale des capitales européennes pour attirer les gros sièges sociaux peut justifier ce lyrisme. Moi, fielleux comme je suis, je n'ai pu m'empêcher de trouver cela tellement freudien.
(1) Texte de l'intervention sur le DOB 2008
Photo : Envolée de ballons par valkiribocou
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