Il n'est pas aisé de parler de l'actualité financière et économique mondiale sans faire "café du commerce", à l'heure ou les plus grands économistes et les plus grands universitaires prennent la parole avec talent et divergent d'ailleurs quelquefois sur les solutions.
Néanmoins, il est peut-être possible d'aborder les choses en revenant à des évidences simples.
De nombreux commentateurs et acteurs de la vie publique l'ont constaté cet été : avec le poids actuel des marchés sur les taux de financement des dettes souveraines, la démocratie doit faire face à un enjeu dont le poids n'a jamais été aussi évident. Les peuples perdent le pouvoir avec l'irruption d'un juge du bon niveau de dette publique d'un Etat.
Après la crise financière de 2008, qui avait vu la sphère publique voler au secours de la finance, c'est aujourd'hui la finance qui juge que les Etats se sont trop endettés pour gérer le contrecoup de leurs propres excès...
En outre, la sensibilité des marchés, dont au passage, nous attendons toujours une régulation sérieuse, a commencé à dériver avec le poids accru des agences de notation en période de crise. Quelle contrôle des agences par les institutions publiques internationales ? Cette question a été abandonnée au "laisser-faire" généralisé, remettant en cause, du même coup, la démocratie.
En Europe, les fondateurs de la monnaie unique avaient en tête à l'origine d'offrir un bouclier aux attaques spéculatives des monnaies nationales ; visiblement l'euro ne suffit pas à l'heure de la croissance faible, insuffisamment rémunératrice en rendements boursiers du point de vue des marchés financiers. Une intégration plus poussée est donc inévitable, mais vers le haut, car les victimes des "cures d'austérité" sont toujours les mêmes, quel que soit le pays...
Quelles difficultés incroyables pour accoucher ensemble des euro-obligations (c'est du reste ce genre de geste fort que les marchés semblent attendre sur le court terme) ! Que les cultures gestionnaires de nos Etats membres soient contrastées c'est l'évidence. Mais alors pourquoi ne pas exporter notre "savoir-faire" en matière fiscale par exemple - si le souci se situe là - plutôt que de faire des chèques et d'humilier des peuples entiers au motif de la dégradation de la signature d'un Etat sur les marchés ? Le retour du chacun pour soi en Europe est un autre abandon, encouragé par les votes extrêmistes ; il balaie la solidarité qui devrait être au coeur de l'idée européenne.
Le politique devrait affronter cela par une priorité nationale et communautaire à l'éducation, à l'emploi et à la hausse des salaires, ainsi qu'aux échanges de "bonnes pratiques" librement consentis entre Etats.
Finalement la question qui se pose à la France comme à d'autres pays est celle de la répartition des richesses, avec une acuité nouvelle - mais aussi celle du plein-emploi, clés de la croissance :
- Dans notre pays, le poids de la dette n'est que le symptôme de la gestion fiscale idéologique du gouvernement et de sa mauvaise gestion des finances publiques. Quand supprimera-t-on en France la plupart des niches fiscales mises en place par la droite depuis 2002 ? Quand osera-t-on demander un effort aux plus riches pour retrouver des marges de manoeuvre ? A l'évidence, ce gouvernement, préoccupé uniquement de la satisfaction du coeur de son électorat, n'est capable que de mesurettes et de coups de com' sur une "règle d'or" dont il n'a pas besoin pour enfin mener une politique susceptible de rassurer les Français (si cela est possible... j'avoue je n'y crois pas).
- Sur le chômage, qui devient une plaie commune à la quasi-totalité des pays industrialisés depuis la crise de 2008, l'intervention de la puissance publique devrait être essentielle pour former les jeunes arrivant sur le marché du travail aux métiers dans lesquels les besoins de main-d'oeuvre sont les plus criants (mais aussi en promouvant, au besoin, des "emplois-jeunes"). A cet égard, les émeutes de cet été au Royaume-Uni ne sont pas sans rappeler les évènements français intervenus sous le gouvernement Villepin. S'est-on suffisamment interrogé par ailleurs sur la place de l'être humain dans l'économie des services de proximité et de la vie quotidienne, où l'automatisation a exclu en quelques décennies des milliers de salariés de l'emploi et de l'activité ?
L'intervention publique est essentielle pour dynamiser de nouveaux secteurs d'activité, comme la recherche, les nouvelles technologies, l'économie verte et la diversification des sources d'énergie pour le tout renouvelable. Elle devrait l'être également en matière d'investissement, d'une façon générale. Là encore, toutes les décisions sont soumises aux exigences de rentabilité financière de court terme y compris désormais dans la sphère publique ; c'est la tétanie qui domine face aux nouvelles nations industrielles qui produisent à bas coût humain et environnemental. Nouvel abandon.
Nos politiques, d'ici et d'ailleurs, doivent arrêter de ronronner ; le monde d'aujourd'hui - et pas seulement les investisseurs ou les indignés - attendent de l'audace et de l'invention. Bref : un peu plus d'humain.
Photo : Lemonde.fr
Les propositions de Martine Aubry

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