Après un remaniement gouvernemental de repli sur l'UMP-RPR, Nicolas Sarkozy peine à rassurer les Français. Il n'était qu'à voir la dernière intervention du chef de l'Etat, où, après quelques propos liminaires, les journalistes plongeaient sur les dernières vagues de l'affaire Woerth-Bettencourt, ou celle de l'attentat de Karachi et de l'hypothèse de rétro-commissions ayant pu bénéficier à la classe politique française. Des échanges anxiogènes et des chapelets d'inexactitudes et de contre-vérités, avec un ton étonnamment agressif vis-à-vis de journalistes souvent jugés trop timorés par l'opinion et menacés à mots couverts à chaque détour de questions jugés par trop provocatrices... Pas un mot sur la tempête monétaire en cours en Europe.
Dans les deux affaires sus-citées, en tableau de fond les deux campagnes présidentielles dans lesquelles Nicolas Sarkozy a joué un rôle de premier plan, celle de 1995 et celle de 2007; avec des soupçons gravissimes de financement très important par des sommes en liquide pour ces ces deux campagnes, sans provenance claire. Compte tenu de la gravité des faits il devient délicat de se retrancher derrière tel ou tel secret d'une décision du Conseil Constitutionnel...
Inutile d'en rajouter, car ces derniers evénements font couler tant d'encre... et le pouvoir se retranche avec empressement derrière la raison d'Etat, une justice et des principes (justice dont l'impartialité est mise en doute par de nombreux Français, et justice dont les décisions sont quelquefois critiquées par les politiques depuis quelque temps, en rupture totale avec un autre principe, celui de la séparation des pouvoirs). Ces remparts paraissent bien fragiles au regard d'une atmosphère dont la lourdeur s'est accrue par ailleurs de la rancoeur de millions de français qui ont le sentiment que leur opinion et leurs idées sur une réforme des retraites plus juste a été piétinée.
Parallèlement, l'on assiste à une exécution politique d'une violence inouïe, celle du Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine. Soupçonné de n'avoir pas découragé les concurrents du fils du président lors du vote interne de l'UMP-Neuilly, celui-ci, à l'occasion du renouvellement de son mandat à la tête de l'UMP alto-séquanaise, aurait subi en retour les foudres de Nicolas Sarkozy. Goutte qui fait déborder le vase. Nul doute que sa réelection en mars sur le canton de Bourg-la-Reine, sera très difficile. Si Patrick Devedjian parvenait toutefois à sauver son siège, il aurait de toute façon beaucoup de peine à se faire réélire à la tête du département des Hauts-de-Seine dans ces circonstances.
D'un côté, la guerre des clans Pasqua/Sarkozy/Balkany contre Patrick Devedjian, qui a tenté, bien timidement de commencer, sur la pointe des pieds, à tenter de mettre le nez dans les dépenses somptuaires (cf rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la gestion du Pôle Universitaire Léonard de Vinci - dont le financement n'a toutefois pas été remis en cause par la Majorité départementale alors qu'il ne s'agit pas d'une compétence du département) ou très limites (cf affaire de la Fondation Hamon) du Conseil général. M. Devedjian savait sans doute qu'un jour où l'autre les citoyens des Hauts-de-Seine demanderaient des comptes.
De l'autre un jeune homme pressé (quoi de plus banal en politique) mais surtout un fils de Président de la République dont la possibilité d'une accession à la tête de l'EPAD avait, il y a quelques mois, nourri de lourdes accusations de népotisme. Avec ce nouvel épisode, c'est un souvenir malheureux pour notre République qui resurgit. C'est aussi une guerre d'usure, dont les rebondissements et autres révélations qui nous séparent de l'accession de Jean Sarkozy à la tête de l'assemblée départementale ne seront sans doute pas à la hauteur de l'attitude exemplaire que devraient observer les élus de notre département. M. Devedjian a déjà formulé une mise en garde pour la Majorité :"Je suis inquiet. Les divisions et les querelles de la majorité ont un effet désastreux sur notre électorat et peuvent un jour nous faire perdre ce département. Prenons garde à ne pas nous retrouver comme à Paris".
Ces evénements rencontrent en effet aujourd'hui le fatalisme et le dégoût de nombre de nos concitoyens. L'opposition d'aujourd'hui, dans les Hauts-de-Seine et en France, devra en tirer les conséquences, dans ses propositions comme dans la manière dont elle concevra sa gouvernance si elle accède aux responsabilités demain.
Vidéo : intervention de Pascal Buchet au Conseil Général au sujet du rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la "Faculté privée Pasqua".
Pascal Buchet CG92 22-10-2010
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