Au coeur de l'été, l'on apprend que les grandes banques aux Etats-Unis et en Europe provisionnent des sommes faramineuses pour les bonus de leurs traders et autres gestionnaires (1 milliard pour la BNP).
Apparemment la constitution de ces provisions semble plus urgente que de songer à rembourser les contribuables (qui se sont lourdement endettés malgré eux), à consolider leurs fonds propres ou à faciliter le crédit à des conditions raisonnables et ciblées pour les établissements dont c'est aussi le rôle.
Mme Lagarde compare les bonus à une drogue dont il faut se "désintoxiquer", mais elle estime aussi que la solution ne peut être qu'internationale. Pour autant la France n'a toujours pas rendu publiques les conventions qui lient le gouvernement aux banques aidées, comme le rappelle Frédéric Lemaître, membre de la rédaction en chef dans Le Monde de ce jour.
Le 25 septembre, le Président de la République estimait : "les responsabilités de ce naufrage doivent être recherchées et les responsables sanctionnés, au moins financièrement. L'impunité serait immorale".
Nous attendons que notre super-président, fort de l'aura internationale dont il se targue sans cesse, va enfin agir, car près d'un an après, force est de constater que bien peu de choses ont évolué au pays de la finance. Martine Aubry a bien raison de parler de scandale, alors que le chômage continue à progresser, que les déficits publics sont incontrôlés, que la situation sociale de beaucoup ne cesse de se dégrader, que les conflits sociaux dominés par un sentiment d'injustice profond chez les salariés se multiplient.
Ci-dessous le communiqué du 5 août 2009 de Martine Aubry et de Guillaume Bachelay :
"Dans des discours tonitruants et promus comme tels (Toulon le 25 septembre 2008, Saint-Quentin le 24 mars 2009, congrès de Versailles le 22 juin 2009), le Président de la République a annoncé « une moralisation du capitalisme » et promis la fin des bonus exubérants et des parachutes dorés en contrepartie des aides accordées aux banques. Le décalage entre les mots et les actes est total.
L’annonce non démentie de la constitution d’une réserve d’un milliard d’euros de bonus par BNP Paribas aux managers, traders, gestionnaires de portefeuilles d’actions, analystes financiers… d’une de ses filiales, sonne comme un véritable scandale.
Que l’on se souvienne des 5 milliards d’euros d’aides et de garanties d’Etat alloués lors du « Plan de sauvetage des banques » pour faire face au risque de crise de liquidités et au rachat de Fortis. Sans ce soutien de la puissance publique, BNP Paribas n’aurait pu réaliser 1,6 milliard d’euros de bénéfice au deuxième trimestre et reconstituer ses marges, alors même qu’elle assèche le crédit aux particuliers et aux PME.
Alors qu’en avril dernier, les dirigeants du G20 en appelaient à une moralisation des pratiques financières et à une limitation des rémunérations au sein des activités de marchés et de capitaux, la vérité des faits contredit une fois de plus violemment ces effets d’annonce.
Chacun mesure aujourd’hui la faute économique, politique et morale qui a consisté, de la part du gouvernement, à ne pas entrer dans le capital des établissements bancaires qui ont reçu l’aide de l’Etat, exigence sans cesse formulée par le Parti socialiste et l’ensemble de la gauche.
Alors que la crise n’est pas terminée, les pratiques qui en sont à l’origine sont déjà de retour. Nous sommes loin de l’indispensable changement de système économique permettant la sortie de crise.
Le Parti socialiste appelle le Président de la République à transformer ses appels à la moralisation et à l’autorégulation par les acteurs financiers de leur comportement en des faits concrets. Dans la perspective du prochain G20 qui se réunira à Pittsburgh en septembre, au sein de l’Union Européenne et d’abord en lien avec l’Allemagne, il appartient à la France de prendre vraiment la tête d’un encadrement des pratiques financières et d’un plafonnement des rémunérations des acteurs du secteur. Les choix pratiqués dans l’hexagone doivent avoir valeur d’exemple, donc d’impulsion : les Français attendent de leur gouvernement qu’il fasse respecter par les banques l’ensemble des contreparties fixées en échange des aides reçues."
Communiqué de Martine Aubry, Première secrétaire et Guillaume Bachelay, Secrétaire national à l’industrie, aux entreprises et aux NTIC
Photo : "Protest against global greed", par Peter Taylor




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